Leadership / Durer
Comment tenir quand on est deux pour faire le travail de cinq ?
On décide par écrit de ce qu'on ne fera pas, on le fait valider par la direction, et on garde la trace de ces arbitrages.


Tant que le tri reste dans notre tête, le sous-effectif est notre problème. Dès qu'il est écrit et signé, il devient une décision de l'entreprise.
Écrire ce qu'on ne fera pas
Lundi matin, la liste du jour dépasse déjà la semaine. Le réflexe, c'est de tout faire un peu, vite, et de rentrer avec la culpabilité de ce qui reste.
Le bon réflexe, c'est de prendre une heure, une seule, pour tout poser sur une feuille, y compris les petites tâches invisibles qui mangent les journées : les relectures, les relances, les « tu as deux minutes ? ». Puis on range chaque ligne dans une des trois colonnes : ce qu'on fait pleinement, ce qu'on fait en mode réduit, ce qu'on arrête pour l'instant.
Certaines lignes n'entrent jamais dans la troisième colonne : les obligations incompressibles, comme une déclaration de soupçon, une mesure de gel des avoirs ou une échéance du superviseur, se font quoi qu'il arrive. Ce qui peut être allégé, une revue périodique espacée ou un contrôle sur un échantillon plus petit, va dans la deuxième.
Et quand ce qui reste ne suffit plus à faire fonctionner le dispositif, on escalade par écrit à la direction, en demandant des moyens ou une décision sur le risque.
La troisième colonne part chez la hiérarchie, par mail : « Avec nos effectifs, voici ce que nous reportons au prochain trimestre. Merci de me confirmer. » Un report validé par écrit documente une décision ; il ne rend pas acceptable un dispositif insuffisant.
Le jour où quelqu'un demandera pourquoi un contrôle n'a pas été fait, la réponse existera déjà.
Prioriser par le risque, pas par le bruit
Pour remplir les deux premières colonnes, on se méfie du bruit. Celui qui relance trois fois n'a pas forcément le dossier le plus risqué. On s'appuie plutôt sur ce qu'on a déjà : la cartographie des risques, les échéances du superviseur, les constats ouverts du dernier contrôle.
La règle des 80/20 peut aider, avec prudence : quelques contrôles couvrent souvent une grande part du risque, à condition que la cartographie le montre, et les obligations incompressibles restent dans le lot. Ceux-là, on les fait parfaitement. Le reste peut attendre, et on peut le dire avec le sourire :
Je la traite la semaine prochaine, juste après le reporting au superviseur.
Ensuite, on protège son temps comme on protégerait celui d'un dirigeant. La messagerie s'ouvre deux fois par jour, à 9 h 30 et à 16 h, et on l'annonce dans sa signature, avec un numéro pour les vraies urgences.
Les questions des métiers arrivent par une seule porte, un formulaire ou une adresse « conformité » qui demande trois choses : quoi, pour quand, quel risque. Pour le reste, une permanence le mardi et le jeudi, de 11 h à midi, remplace avantageusement les interruptions en couloir.
Deux matinées par semaine sont bloquées dans l'agenda sous le titre « Contrôles », et elles se défendent comme une réunion avec la direction générale. Quant aux réunions sans ordre du jour, on répond poliment qu'on viendra volontiers dès qu'on saura de quoi on parle.
Une fois sur deux, un mail suffit.
Industrialiser ce qui se répète
Enfin, on arrête de réinventer la roue. Un avis tient en cinq lignes : la question, la règle, le risque, l'avis, les conditions. Les quinze questions qui reviennent ont leur réponse enregistrée dans la messagerie.
Ce qu'on a expliqué trois fois finit sur une page interne, et on répond par un lien. Un outil d'IA validé par l'entreprise peut même préparer le premier jet d'une procédure ou d'une formation, à une condition qui ne se négocie pas : aucune donnée client, aucun dossier, jamais.
Une heure passée à construire un modèle en fait souvent gagner dix, et le jour où l'équipe s'agrandit, la nouvelle arrivante trouve sa boîte à outils prête.
Garder la trace
Toutes ces traces servent une seconde fois, au moment de demander du renfort. On arrive avec une liste : ce qu'on a dû reporter, et le risque que l'entreprise a accepté de porter.
Avant le prochain trimestre
- Ma troisième colonne est-elle validée par écrit ?
- Mes priorités suivent-elles la cartographie ?
- Ai-je gardé la trace de chaque arbitrage ?
Pour aller plus loin
- Greg McKeown, L'essentialisme : choisir peu de choses, les faire bien, et dire non au reste.
- Oliver Burkeman, 4000 semaines : accepter qu'on ne fera jamais tout, et choisir ce qu'on laisse de côté.
- Cal Newport, Deep work : protéger des plages de travail concentré dans une journée hachée par les sollicitations.
- Tim Ferriss, La semaine de 4 heures : pour la règle des 80/20 et l'idée d'éliminer avant d'optimiser. Le reste du livre parle surtout d'entrepreneuriat.
Une consœur pourrait en avoir besoin ?
Partager sur LinkedInLe travail n’a pas à faire mal pour être bien fait.

